La fille à l’écharpe sans style

Je déteste la prose, je ne m’y sens pas chez moi. Cette impression qu’il n’y a pas de distance assez forte entre la personne qui lit et moi. Cela explique en partie mes penchants poétiques, je m’égare.

Un train à grande vitesse, un carré de quatre personnes: elle s’assoit à côté de moi. Elle ne sent rien, pas même le parfum de la médiocrité. Juste l’odeur et la neutralité du cliché. C’est mon amie G. qui m’a donné le déclic: “Cette fille n’est pas une fille, c’est un cliché!”.

Et les clichés, ce n’est pas de la prose. Au mieux, c’est du théâtre de boulevard, poétique de l’abattoir culturel. Pas de condescendance, juste de la description.

Elle ne sent pas la provinciale. Elle sent l’ennui, l’existence aveugle d’une écharpe en laine grossière et d’un compte avec un découvert de huit cent euros.

Je ne suis pas élitiste, du moins j’aime le penser. Je n’ai juste rien contre tout ce qui peut vous tirer vers le haut, et lui trouve dans le même temps un certain charme.

Le charme du cliché qui s’ignore, de l’émission idiote qu’elle regarde sur son téléphone dernier cri, du frisson qui la parcourt quand elle tient entre ses mains un objet étrange, fait de papier et d’encre: j’aperçois un livre mon capitaine, terre inconnue érotique des nuances des linéaires de supermarchés.

Elle ne parle pas au téléphone, elle donne à voir sa vie insipide. Elle me fascine la fille à l’écharpe sans style.

J’écris et vomis ma bile prosaïque, elle est sublime non parce qu’elle délie mon carnet de ses contraintes, mais parce qu’elle remet en question le confort du masque poétique.

Il n’y aura pas de “A suivre” à la manière d’une série télé à épisodes qu’elle affectionne. Juste une fin, une fulgurance, un train et une rencontre sans mot.

La fin de la censure

Il veut évacuer, il le sait. Le je est omniprésent : il verse, tu mouilles. Se plonger dans le Silence de la mer de Vercors. Je veux y retourner, m’y plonger, m’y noyer : pour sortir la tête de cette eau trouble car limpide. Cela aurait du être simple au milieu de ces îlots de solitude.

Des numéros, des courses par correspondance, des exigences hors de prix, des âmes esseulées, le triomphe…

Ils l’ont fait douter, ils le font chuter. Pourtant, il a réussi à passer ce cap Horn. La tempête, il l’a vécue. Une tempête tout en silence dans son for intérieur pendant des années. La douleur, il l’accouchée, elle l’a formé. Il lui en est redevable de la personne qu’il est aujourd’hui. 

Car oui, il l’affirme : ce n’est pas si terrible. Il se contrefout de la binarité simpliste de ton raisonnement. L’esprit posé, il le dit : tu as tort. C ‘est un phare cette naïveté en lui. Ce mur dans ses dents, il le veut. Ces erreurs, il les recycle. Il remonte le temps, il boit ses larmes, il t’avale et se transfigure. Tu ressasses, il avance. Tu t’inondes, il sème. Tu somnoles vivant, il écrit. La bataille tu la perds sans l’avoir commencée, la guerre il la provoque et attaque. Il se fracasse contre le roc et se sens vivant. Toutes ces images d’Epinal il s’en fout : cette violence verbale, ce sont les mots qui n’ont pas été entendus.

Ce sont les maux dont j’ai besoin pour avancer. J’expulse sourire carnassier le dernier passager clandestin du véhicule. 

Nano-maux (1)

Nano-maux,le swing condensé cas dansés aléatoire idéalisé.

Forme-alizé la forme-art,le défi de la (ré)invention sans-quarantaine:la création.

Maux sans-quarantaine

Manifeste twittéraire de maux en maux: 

La fulgurance, la mobilité, les mots hors de leurs frontières. Or du papier, or de carnet, on prononce la fin de la quarantaine. 

Le besoin du défi, la nécessité de la contrainte. L’entrave du 140, déjà fait, déjà vu. 

Et pourtant la question: peut-on parler de littérature Twitter? Mirage de la twittérature, dérive de l’inspiration avinée aux geekeries

La prose-jet du quotidien, le crachat journalier: l’éclatement ultime et la réunion des fragments. 

La recollection, la (re)connexion: le projet des maux sans-quarantaine.