La fille à l’écharpe sans style

Je déteste la prose, je ne m’y sens pas chez moi. Cette impression qu’il n’y a pas de distance assez forte entre la personne qui lit et moi. Cela explique en partie mes penchants poétiques, je m’égare.

Un train à grande vitesse, un carré de quatre personnes: elle s’assoit à côté de moi. Elle ne sent rien, pas même le parfum de la médiocrité. Juste l’odeur et la neutralité du cliché. C’est mon amie G. qui m’a donné le déclic: “Cette fille n’est pas une fille, c’est un cliché!”.

Et les clichés, ce n’est pas de la prose. Au mieux, c’est du théâtre de boulevard, poétique de l’abattoir culturel. Pas de condescendance, juste de la description.

Elle ne sent pas la provinciale. Elle sent l’ennui, l’existence aveugle d’une écharpe en laine grossière et d’un compte avec un découvert de huit cent euros.

Je ne suis pas élitiste, du moins j’aime le penser. Je n’ai juste rien contre tout ce qui peut vous tirer vers le haut, et lui trouve dans le même temps un certain charme.

Le charme du cliché qui s’ignore, de l’émission idiote qu’elle regarde sur son téléphone dernier cri, du frisson qui la parcourt quand elle tient entre ses mains un objet étrange, fait de papier et d’encre: j’aperçois un livre mon capitaine, terre inconnue érotique des nuances des linéaires de supermarchés.

Elle ne parle pas au téléphone, elle donne à voir sa vie insipide. Elle me fascine la fille à l’écharpe sans style.

J’écris et vomis ma bile prosaïque, elle est sublime non parce qu’elle délie mon carnet de ses contraintes, mais parce qu’elle remet en question le confort du masque poétique.

Il n’y aura pas de “A suivre” à la manière d’une série télé à épisodes qu’elle affectionne. Juste une fin, une fulgurance, un train et une rencontre sans mot.

Verrière

Verrière sans cours, verticalité et aridité de la syllabe qui se détache.

J’accours: contours. Géométrie de la galerie, ta maîtrise du cadrage et cadences du mot.

Le vert: je des textures, fronton. Vue pomme.